mardi 1 mai 2018

Partager sur Facebook Envoyer à un ami
12H00

Edito Mai-juin


« Voyage, voyage » : une ritournelle à succès de la fin des années 80 curieusement m’obsède au moment où j’écris cet éditorial.

C’est que le programme de printemps de l’Univers invite, ô combien cette fois, peut-être plus que d’autres, à de de multiples découvertes. Est-ce un témoignage de « l’Usage du monde » pour reprendre le beau titre de Nicolas Bouvier que ce festin de paroles vraies et d’images conséquentes ? On se nourrit de l’expérience des autres, on partage d’autres vies que la sienne, on est bouleversé par les rencontres : visage, visages !

« On croit qu’on va faire un voyage, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait ».

On est désarçonné, on se rend à la présence de celui qui vous renvoie une altérité irréductible : je ne peux l’assimiler, je me mets donc à l’écouter pour de vrai. Affronter le temps sans nostalgie, visiter le présent sans oeillères, inventer un avenir habitable.
Des séries – le fameux Out 1, très rarement diffusé, de Jacques Rivette en off de Séries mania, les 8èmes rencontres « Afriques en doc », des rendez-vous cubains, du cinéma pour les oreilles avec Muzzix et Orpist, des partenariats avec le Flow (Beatbox, Hip-Hop à Cuba…), avec le CRP de Douchy pour la carte blanche à David Schalliol, les films du CAP –Géograffiti, plus un focus sur la création régionale : on ne peut citer toutes les propositions. Qu’on revisite l’histoire de mai 68 ou qu’on explore des territoires méconnus liés à l’incertitude des temps actuels, tout fait sens pour qui s’interroge.

Je retiens des parcours singuliers : celui de Jean Smilikowski, artiste hors-norme dans sa cabane en bois, celui de Wassyl Slipak, chanteur d’opéra mort sous les balles d’un sniper en Ukraine, celui de Saguenail, cinéaste franco-portugais rompant avec les modes de production établis. Autant d’appels à l’expérimentation, à la création individuelle et collective.
Du festif : Lille VJ Fest de Machine sauvage, des pas de danse pour la Colombie, une initiation à la salsa le 18 mai, du video-mapping «Panchromatic», du politique, du social dans la tradition alternative de l’Univers. De la pratique : bienvenue au Labo ! Tournez en 16 mm avec une Krasnogorsk, découvrez le cyanotype, faites-vous tirer le portrait à la Nadar comme un Baudelaire d’aujourd’hui ! Suite poétique issue des titres des films du programme : « étoile bipolaire, âme en panne, de sas en sas, ce soir mon coeur bat. Où je vais ? Mes valises sont prêtes : ma petite Haïti ? Vampiros en la Habana, les deux visages d’une femme Bamileké… » Je les vois : « Aya va à la plage » et le jeune Hassan cherche « le collier perdu de la colombe » qui n’est autre que le secret de l’amour.
Des films nous parlent de résistance (Seguir Adelante, Poubelle la vie), d’épreuves douloureuses, d’autres de luttes (le Réseau salariat et l’actualité des cheminots/ Ta Zoa et le combat du Planning familial). Comment créer du commun (« comment je suis devenu terreau’riste ? »), comment résister, ne pas se résoudre au pire qu’on nous distille jour après jour ?

Ce n’est pas la fin de l’Histoire : l’Univers témoigne, par-delà son éclectisme, d’une volonté d’ouvrir les frontières et d’élargir le champ de vision en misant sur l’intelligence de ses spectateurs et le désir de débattre. C’est notre manière d’en découdre avec l’obscurantisme et de croire à l’influence des Rayons Gamma sur le comportement des Marguerites.

Jean-Albert Ducreu, Président de l’Univers